Mémoire | Film
Je suis mon corps - Agnieszka Juszczak
La réalisatrice d'origine polonaise Agnieszka Juszczak part sur les traces de l’artiste également polonaise Alina Szapocznikow afin de comprendre comment son vécu a façonné son œuvre. Le film procède en allers-retours entre archives et images contemporaines prises en France et en Pologne pour tenter de capturer des éléments qui donneraient des éléments de compréhension de celle qui est considérée comme la plus importante sculptrice polonaise du 20ᵉ siècle.
Les œuvres d'Alina Szapocznikow (1926-1973) sont marquées par la guerre, la Shoah, l’exil et la maladie. Comme elle explique d'emblée dans une archive INA ne pas vouloir parler de son enfance, "ayant honte d'appartenir à la même race humaine que les Allemands qui ont inventé les camps", la réalisatrice Agnieszka Juszczak qui partage avec l'artiste un parcours similaire d'émigration entre la Pologne et la France, va chercher elle-même des indices de compréhension de l'art d'Alina Szapocznikow.
Le film nous entraîne ainsi en Pologne, notamment dans la ville natale de l'artiste, Pabianice, à la recherche des traces d'une vie juive d'avant la Shoah. Enfermée dans le ghetto avec sa mère médecin, Alina travaille comme infirmière à côté d'elle avant d'être déportée dans plusieurs camps, dont Auschwitz-Birkenau et Bergen-Belsen. Elle subit des expérimentations médicales sur "la part la plus précieuse de son corps". Cette effraction irrémédiable dans l'intime qui la laissera stérile donne des clés pour comprendre ce qu'elle sculpte : des morceaux de corps ou de têtes, avec un visage, parfois à peine esquissé, ou enfoncé, comme hurlant sa douleur.
Installée en France après la guerre, la précarité la pousse à revenir en Pologne pendant quelques années. Cette vie entre deux pays, la réalisatrice la partage et l'explique par l'espoir de trouver dans l'un ce que l'autre ne peut pas offrir. Mais l'antisémitisme violent de la fin des années 1960 en Pologne et la déception liée au communisme conduisent l'artiste à revenir en France pour ne plus en partir.
Après la détection d'un cancer du sein, la convalescence qui suit sera la période la plus productive de sa vie : Alina Szapocznikow fait de nombreux essais de sculpture avec des attributs féminins morcelés et des séries sur les seins. Sa sculpture très charnelle évoque des allers-retours permanents entre la vie et la mort, la pulsion de création et la maladie. Alina Szapocznikow est emportée à 46 ans par la maladie. Ce beau film montre aussi que l'exil et le déracinement peuvent être une force créatrice, autant pour l'artiste que pour la réalisatrice qui lui rend ici hommage.
France, documentaire, 70 min, Normal, Les films du tilleul, 2026.
Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Projection-rencontre
Dimanche 15 novembre 2026, 17h au Mémorial de la Shoah - dans le cadre du Mois du Film Documentaire.
En présence de la réalisatrice, en conversation avec Karolina Szymaniak, maîtresse de conférences en études centre‑européennes à Sorbonne Université.
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