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    La critique de cinéma d’extrême droite en France, des années 1930 aux années 1980 - Théo Hostaléry

    Partant du constat que plusieurs figures d'extrême droite françaises ont été des critiques de cinéma, Théo Hostaléry examine dans sa recherche doctorale la manière dont la critique de cinéma d'extrême droite a marqué les discours sur les films et les liens idéologiques qu'elle entretient avec les films et leurs réalisateurs qu'elle soumet à son examen, à commencer par un antisémitisme commun.

    Bourse doctorale 2026-2027
    • Comment et pourquoi vous en êtes venu à vous intéresser à ce sujet de la critique cinématographique d'extrême-droite ? 

    Je travaille sur les liens entre le cinéma et l'histoire depuis le début de mes études supérieures. En cherchant un sujet de recherche doctorale, il m'a frappé de voir quels noms étaient associés à la presse sur le cinéma dans l'entre-deux-guerres : François Vinneuil (Lucien Rebatet sous pseudonyme) tient la chronique cinématographique de "L'Action française" dès 1930, Maurice Bardèche et Robert Brasillach écrivent la première Histoire du cinéma en 1935, quelques années après leurs premiers articles. Cette concentration de figures du fascisme français, et du collaborationnisme par la suite, m'a signalé l'intérêt de se pencher sur la critique de cinéma et notamment sur leur "descendance". François Truffaut entretient une longue correspondance avec Rebatet, Michel Mourlet écrit dans la revue "Présence du cinéma" entourée d'une nouvelle génération de critiques de cinéma... Par ailleurs, l’antisémitisme d’une partie de la profession de cinéastes, d’Henri Chomette à Claude Autant-Lara, en passant par Marcel L’Herbier, ne pourrait pas se comprendre sans être mis en regard avec celui de la critique. 
    Reste à mesurer l'ampleur et la profondeur des liens esquissés, ainsi que la place qu'a pu occuper le cinéma dans une période de construction et reconstruction idéologique vive de l'extrême droite. 

    La critique de cinéma d’extrême droite en France, des années 1930 aux années 1980 - Théo Hostaléry

    Deux livres et une revue étudiés par Théo Hostaléry

    • Qu'est-ce que cette critique de cinéma d'extrême droite a de particulier et comment résonne-t-elle avec son temps ?

    La critique d'extrême droite a la particularité de ne pas se réclamer comme telle. D'une part, car la majorité des individus que j'ai identifiés refusent le qualificatif d'extrême droite, préférant le plus souvent évacuer le modal "extrême". D'autre part, car tous (je n'ai pas, à ce jour, noté de femme parmi eux) prétendent faire une analyse seulement esthétique des films qu'ils voient, sans considération politique ; ce serait avilir l'art que de l'analyser contextuellement. Du reste les chroniqueurs cinéma d'extrême droite se saisissent des débats qui traversent toute la critique cinématographique de leur temps : le passage au parlant, les liens avec la littérature, mais aussi l'existence ou non d'un cinéma national qui amène à dénoncer la place des Juifs dans le milieu du cinéma dans les années 1930 et 1940. 
    Pour autant, leur audience évolue sur la période étudiée. Les critiques des années 1930 et 1940, fascistes autoproclamés, écrivaient dans des publications à fort tirage en leur temps ; mais les pages culturelles hebdomadaires de "L'Action française" étaient loin d'être les plus lues du journal. Les questionnements sur le cinéma demeurent assez périphériques dans les écrits théoriques et pratiques néodroitiers, ce qui n'empêche pas d'y trouver des éléments doctrinaires.
    Toujours est-il que si son audience baisse avec le temps, la critique de cinéma d'extrême droite conserve une grande cohérence du début à la fin de la période, précisément parce qu'elle finit par s'adresser surtout à des initiés qui en partagent les références fondatrices.

    • Quelles sont vos sources ? 

    Les sources que j'utilise sont majoritairement les textes théoriques et critiques rédigés tout au long de la période et publiés soit dans la presse du temps soit dans des livres ad hoc. Cela me permet de reconstituer leur art cinématographique dans toute sa complexité et donc de mieux en saisir la dimension politique. Confronter ces textes critiques aux films sur lesquels ils portent m'amène à identifier précisément les traces de l'idéologie des auteurs dans leur grille de lecture esthétique. Enfin, j'ai la chance de pouvoir échanger avec certains acteurs de premier plan de la fin de ma période, d'où l'intégration de témoignages à ce corpus de sources.


    Théo Hostaléry bénéficie d'une bourse doctorale de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah pour mener cette recherche.